Stèle gallo-romaine "affectus parentum"

Musée Unterlinden © Octave Zimmermann (droits réservés)
Éditeur: 
Musée Unterlinden (Am 143)

Auteur(s):

Grès jaune 11 x 80 x 22 cm conservée au Musée Unterlinden de Colmar.

Commentaire : 

"Exhumée en 1855 des fondations de la maison Birckel, la stèle doit sa dénomination d'"affectus parentum" au thème  représenté, un homme et une femme, encadrant un enfant, état premier de la famille.

La stèle est de forme polygonale en son sommet et insère les personnages dans une niche. L'érosion a rendu les traits des visages, les plus exposés, à peine lisibles, et ce serait sans doute les trahir que de chercher à les saisir comme des portraits. Les coiffures seules, moins érodées puisque plus proches du support nous permettent de les différencier : l'homme à droite se reconnaît à sa frange épaisse, les cheveux relevés et la coiffe caractérisent la femme, alors que le visage de l'enfant est représenté plus petit. Les vêtements sont simplifiés à l'extrême : le drappé est suggéré par l'incision de lignes courbes disposées en croisée ou en parallèle avec régularité. Cette schématisation se contente d'un superflu minime : cordelière à la taille ou bourrelet au col sont marqués par un relief plus important. Mais cette économie de moyens plastiques est compensée par l'apparition de trois objets liés au monde du quotidien; prospérité et satisfaction matérielle des défunts sont matérialisées par la bourse, le gobelet, la corbeille de fruits. Mais ces deux objets sont aussi à mettre en rapport avec le thème du banquet funéraire romain, alors que le "rite du verseur" de la Gaule romaine est simplifié par la figuration d'un gobelet. L'animation est gestuelle et, bien que peu naturels, les gestes traduisent l'affection des parents pour leur enfant.

J.L. Schenck, qui a consacré un article à l'ensemble des stèles funéraires gallo-romaines au musée, a souligné la difficulté de traiter d'un objet isolé de son site: ici les coiffures, le traitement schématique des drapés semblent aller dans la direction d'une datation au IIIème siècle, où, pour reprendre ses mots, s'exprime "un art demi-savant soumis encore aux influences étrangères mais où apparaît déjà la simplicité d'un art populaire". L'absence de dédicace gravée sur cette stèle serait-elle le signe que la représentation de la figure humaine (le terme de portrait serait sans doute inopportun) devient plus éloquente que la simple inscription d'un nom, pour échapper à l'anonymat des siècles à venir ?

E.M." (Esther Munsch)

Extrait de l'ouvrage "LE MUSEE D'UNTERLINDEN" - Cinquante oeuvres choisies - Editions S.A.E.P. Ingersheim 68000 Colmar - paru en 1984 - Christian HECK, conservateur et Esther MOENCH, conservateur adjoint.